Les baux commerciaux en Türkiye : loyer, renouvellement, cession et sortie

Les baux commerciaux en Türkiye s'inscrivent dans un cadre légal qui peut primer sur des stipulations contractuelles soigneusement négociées. Ce mémo examine les baux de locaux professionnels couverts, de la révision du loyer, du renouvellement et des restrictions en devises à la cession, aux travaux d'aménagement, à l'acquisition de l'immeuble, au départ anticipé, à la résiliation et au règlement des litiges.

Rédigé par
Berat Murat Terzioğlu, Directeur des affaires juridiques et de la coordination internationale
Relecture juridique
Ece Ulu, Associée
26 min de lecture
Les baux commerciaux en Türkiye : loyer, renouvellement, cession et sortie

Un bail commercial est souvent négocié comme si ses principales variables étaient le loyer, la durée et les mètres carrés.

Ce sont des conditions importantes. Elles ne constituent pas toute la relation juridique.

Pour un distributeur qui déploie sa marque en Türkiye, un exploitant hôtelier ou un restaurant, le bail peut déterminer si d'importants travaux d'aménagement pourront être amortis sur une période commercialement viable. Pour un investisseur qui acquiert un immeuble de rapport, les droits légaux du locataire peuvent peser davantage dans la valorisation que la date d'échéance inscrite au contrat. Dans l'acquisition d'une entreprise en activité, un bail stratégique peut être un actif qui ne se transmet pas simplement avec le reste de l'entreprise.

Le droit turc ajoute une couche supplémentaire. Lorsque les locaux relèvent du régime des baux d'habitation et de locaux professionnels couverts (konut ve çatılı işyeri kiraları), le Code turc des obligations n° 6098 (« TBK ») contient des règles impératives relatives au loyer, à la garantie, au renouvellement, à la cession et à la résiliation. Ces règles peuvent s'appliquer à des baux négociés entre parties commerciales averties et, à plusieurs égards, primer sur des stipulations qui paraîtraient tout à fait ordinaires dans un bail international.

La première tâche n'est donc pas d'interpréter la clause de loyer.

C'est d'établir quel régime locatif régit les locaux.

1. La nature des locaux détermine le régime juridique

Un bien affecté à une activité professionnelle n'est pas nécessairement un « local professionnel couvert » du seul fait que des bâtiments existent sur le terrain.

Cette distinction a des conséquences pratiques, car le régime spécial des articles 339 et suivants du TBK ne s'applique pas de manière identique à tout bail portant sur un terrain commercial, un bien industriel ou des locaux mixtes.

La Cour de cassation a abordé directement la question dans la décision de sa 3e chambre civile E. 2025/4986, K. 2026/3318 du 21 mai 2026.

Le bien en cause était exploité comme centrale à béton prêt à l'emploi et comprenait des constructions administratives et opérationnelles ainsi que d'importantes surfaces à ciel ouvert. Les juridictions inférieures l'avaient traité comme un local professionnel couvert et avaient fixé le loyer sur le fondement des articles 344 et 345. La Cour de cassation a cassé la décision, faute pour les éléments de preuve d'établir suffisamment le caractère prédominant du bien (galip vasıf). Elle a exigé un nouvel examen de la taille et de la nature des constructions, de leur caractère fixe ou démontable, de l'étendue du terrain nu et de l'usage effectif des lieux.

Cette approche vaut bien au-delà des centrales à béton.

Les sites industriels, les plateformes logistiques, les stations-service, les aires de stockage extérieures, les exploitations agricoles et les locations combinant terrain et bâtiments peuvent tous exiger un travail de qualification avant que les parties sachent si les règles spéciales des locaux professionnels couverts régissent leur litige.

Le point est facile à négliger lors de la rédaction. Il devient beaucoup plus difficile à ignorer lorsque la qualification détermine le régime du loyer, les droits de résiliation, voire l'arbitrabilité du litige.

2. Les parties commerciales ne disposent pas d'une liberté contractuelle illimitée

Le droit turc ne réserve pas les protections locatives impératives aux locataires d'habitation.

Pendant une période suivant l'entrée en vigueur du TBK, plusieurs dispositions ont été suspendues pour les baux de locaux professionnels dont le locataire était un commerçant ou une personne morale de droit privé ou public. Cette période transitoire de huit ans a pris fin le 1er juillet 2020. La Cour de cassation a expressément reconnu que les règles suspendues, y compris le régime légal du loyer, s'appliquent depuis lors aux baux commerciaux concernés.

Cela a des conséquences directes pour la rédaction des baux.

L'article 346, par exemple, interdit au bailleur, dans le régime des locaux professionnels couverts, d'imposer des obligations de paiement prohibées au-delà du loyer et des charges. Les clauses prévoyant que les loyers futurs deviennent automatiquement exigibles du seul fait du retard d'une échéance, ou imposant une clause pénale pour non-paiement du loyer dans la forme prohibée par la disposition, sont privées d'effet, quelle que soit l'expérience commerciale des parties.

La garantie est également encadrée. Selon l'article 342, la garantie convenue pour un bail d'habitation ou de locaux professionnels couverts ne peut excéder trois mois de loyer. Lorsque la garantie consiste en une somme d'argent ou en titres négociables, le Code prévoit un mécanisme bancaire destiné à empêcher sa libération unilatérale. Les autres formes de garantie (notamment les garanties bancaires et les garanties de société) doivent être analysées selon leur propre structure juridique, plutôt que d'être simplement assimilées à un dépôt en espèces.

L'enseignement plus général en matière de rédaction est important pour les groupes internationaux actifs en Türkiye. Un modèle anglais, américain ou d'Europe continentale ne peut pas être traduit et utilisé en toute sécurité en partant du principe que des parties commerciales averties sont libres de reproduire en Türkiye les mêmes mécanismes de défaillance, d'exigibilité anticipée et de garantie.

Le point de départ doit être le régime légal turc.

3. La révision du loyer change sensiblement après la cinquième année

Pour les locaux professionnels couverts, l'article 344 régit le loyer dû pendant les périodes renouvelées.

Une convention relative à l'augmentation applicable pendant une période de location renouvelée n'est valable que dans la limite du plafond légal fondé sur la variation moyenne sur douze mois de l'indice des prix à la consommation. Si les parties n'ont convenu d'aucun mécanisme d'augmentation, le juge fixe le loyer dans le cadre légal en tenant compte de l'état des locaux et de l'équité.

La situation juridique change une fois le seuil de cinq ans atteint.

Pour les baux de plus de cinq ans, ou renouvelés après cinq ans, l'article 344 permet une fixation plus large du loyer. Le juge tient compte non seulement de la moyenne de l'IPC sur douze mois, mais aussi de l'état du bien, des loyers comparables et de l'équité. La même réévaluation élargie redevient possible à chaque intervalle quinquennal ultérieur.

Cette distinction a une portée commerciale considérable.

Supposons qu'un distributeur ait conclu le bail d'un magasin phare alors qu'un quartier commençait à peine à se développer. Dix ans plus tard, des locaux comparables peuvent se louer plusieurs fois plus cher que le loyer résultant de la seule indexation historique. L'article 344 n'exige pas que la relation reste indéfiniment déconnectée du marché locatif réel.

La preuve, toutefois, est déterminante.

Une analyse crédible des loyers comparables doit porter sur des locaux véritablement comparables par leur emplacement, leur surface, leur usage autorisé, leur visibilité, leur façade, leur accessibilité, leur état et leurs caractéristiques commerciales. Les prix demandés relevés dans des annonces en ligne répondent rarement à toutes ces questions.

L'article 345 soulève en outre une question de calendrier. Le bailleur qui souhaite qu'un loyer fixé judiciairement s'applique dès le début d'une nouvelle période locative déterminée doit prêter une grande attention aux règles légales de saisine et de notification. Un bon dossier de loyer de marché mené selon le mauvais calendrier peut produire un résultat économique sensiblement différent.

Pour les bailleurs institutionnels et les locataires disposant de portefeuilles importants, les échéances quinquennales de révision doivent donc être traitées comme des dates de gestion d'actifs plutôt que comme des dates de contentieux.

4. La monnaie du loyer est une question réglementaire distincte

Les négociations de baux internationaux commencent souvent en euros ou en dollars américains.

Cela ne signifie pas que le loyer puisse nécessairement être documenté ainsi en Türkiye.

En vertu du régime turc de protection de la valeur de la monnaie, il est en règle générale interdit aux résidents turcs de stipuler en devises ou par référence à une devise le prix et les obligations de paiement connexes des baux portant sur des immeubles situés en Türkiye (y compris les locaux d'habitation et les locaux professionnels couverts), sous réserve des exceptions prévues par le communiqué applicable. Le ministère du Trésor et des Finances a réaffirmé cette règle dans ses orientations officielles de 2024.

Les exceptions comptent et peuvent dépendre notamment de la qualité des parties ou de la nature et de l'usage de l'immeuble. Le texte en vigueur du Communiqué n° 2008-32/34 et les orientations d'application du ministère doivent donc être vérifiés lorsqu'un investisseur étranger, une structure sous contrôle étranger, un exploitant hôtelier ou une autre entreprise propose un loyer en devises.

Cette question doit rester conceptuellement distincte de l'article 344.

Un ensemble de règles concerne la monnaie que les parties peuvent légalement utiliser.

L'autre concerne la manière dont le loyer peut évoluer pendant la vie d'un bail concerné.

Un bail doit respecter les deux.

5. La date d'échéance contractuelle en dit parfois étonnamment peu au bailleur sur la reprise des lieux

Une durée déterminée produit, dans un bail de locaux professionnels couverts, un effet différent de celui qu'attendent de nombreux investisseurs commerciaux.

Selon l'article 347, le locataire peut empêcher le renouvellement en le notifiant au moins 15 jours avant la fin de la durée déterminée. À défaut, le bail est reconduit pour une année supplémentaire.

Le bailleur, en revanche, ne peut en principe reprendre les lieux du seul fait de l'expiration de la durée convenue.

Après la durée déterminée initiale, le Code accorde au locataire une période légale de prorogation de dix ans. Une fois cette période écoulée, le bailleur peut résilier à la fin d'une année de prorogation ultérieure sans établir l'un des motifs légaux spécifiques, à condition de le notifier par écrit au moins trois mois avant la fin de l'année de prorogation concernée.

La décision de la Cour de cassation E. 2025/4720, K. 2025/5281 en offre une illustration utile. Un bail de cinq ans avait pris effet en août 2004. La durée initiale a expiré en 2009, après quoi les prorogations légales ont couru. La période de prorogation de dix ans s'est achevée en 2019, ce qui a permis au bailleur d'invoquer ensuite l'article 347, sous réserve du respect des délais et de la notification requis.

Ce point doit faire partie de l'audit d'acquisition.

L'acquéreur qui examine un immeuble grevé d'un bail commercial ne doit pas noter « échéance du bail : 2028 » et supposer qu'il disposera de locaux libres en 2028.

La durée initiale, l'historique des prorogations et la situation légale en matière de résiliation doivent être calculés séparément.

Une reprise plus précoce peut rester possible

Le bailleur n'a pas nécessairement à attendre l'article 347.

L'article 350 autorise la résiliation dans des cas définis, notamment le besoin réel des locaux à usage d'habitation ou professionnel et une reconstruction ou rénovation substantielle rendant impossible la poursuite de l'occupation. La jurisprudence turque exige que le besoin invoqué soit réel et suffisamment établi, et non hypothétique ou temporaire.

La jurisprudence récente apporte une nuance contractuelle importante. La Cour de cassation a jugé en 2025 que, si le bailleur a volontairement accepté dans le bail une exigence supplémentaire de préavis au bénéfice du locataire, le respect de cette condition contractuelle de notification peut rester nécessaire même lorsque le bailleur agit sur le fondement de l'article 350. L'absence du préavis promis peut entraîner un nouveau renouvellement.

La résiliation pour besoin emporte aussi des conséquences après la reprise des lieux. L'article 355 restreint la relocation après certaines expulsions pour besoin ou reconstruction et protège l'ancien locataire en cas de méconnaissance de ces restrictions.

Une demande fondée sur le besoin ne doit donc pas servir de substitut commode au souhait commercial de remplacer un ancien locataire par un autre qui paiera davantage.

6. Acheter l'immeuble, c'est aussi acheter la relation locative

La vente du bien ne met en principe pas fin au bail.

L'article 310 dispose que, lorsque la propriété change après la naissance du bail, le nouveau propriétaire devient partie à la relation locative.

Cette règle a des implications évidentes pour l'analyse d'investissement.

Un acquéreur peut obtenir un titre de propriété inscrit parfaitement régulier et acquérir néanmoins un bail économiquement peu attrayant ou de longue durée qui restreint sensiblement l'utilisation immédiate de l'actif.

L'article 351 ouvre à l'acquéreur une voie particulière de résiliation pour besoin, mais ses conditions procédurales sont strictes. Lorsque le nouveau propriétaire entend recourir au mécanisme spécial de six mois, l'acquisition et le besoin doivent être notifiés par écrit au locataire dans le mois suivant l'acquisition.

La Cour de cassation a appliqué cette exigence avec rigueur dans une décision de 2025. Le bien avait été acquis le 9 décembre 2022, mais la notification écrite n'était parvenue aux locataires qu'après l'expiration du délai d'un mois. L'action en expulsion fondée sur l'article 351, paragraphe 1, aurait donc dû être rejetée.

C'est précisément le type de question qui doit être identifié avant la réalisation.

Si le plan d'affaires de l'acquéreur repose sur la reprise des lieux, l'équipe chargée de l'opération doit savoir si la voie juridique permettant cette reprise existe réellement, et ce qui doit être fait immédiatement après le transfert de propriété.

7. La cession devient cruciale lorsque l'entreprise du locataire change de mains

Les baux commerciaux prennent souvent le plus de valeur au moment où l'entreprise sous-jacente est vendue.

L'article 323 dispose que le locataire ne peut céder la relation locative sans le consentement écrit du bailleur. Pour un bail de locaux professionnels, le bailleur ne peut toutefois refuser son consentement sans juste motif.

Une fois le bail valablement cédé, le nouveau locataire se substitue à l'ancien. Le cédant peut rester solidairement tenu avec le cessionnaire pendant la période légale, plafonnée à deux ans et bornée par l'expiration du bail.

La Cour de cassation a récemment examiné l'article 323 dans un litige né du transfert de 29 fonds de supermarché avec leurs baux et immobilisations, en appliquant expressément la règle selon laquelle le consentement à la cession d'un bail de locaux professionnels ne peut être refusé sans juste motif.

Pour les juristes transactionnels, il en résulte une distinction importante.

Dans une cession de titres ordinaire, la société locataire demeure en général la même personne morale ; c'est la propriété de cette société qui change.

Dans une cession d'actifs ou de fonds, l'acquéreur peut avoir besoin que la relation locative contractuelle elle-même soit transférée à une autre personne morale.

Le consentement du bailleur peut alors devenir une véritable condition de réalisation.

Il est donc dangereux de qualifier un bail dans l'audit de simplement « cessible / non cessible ». Le conseil doit examiner le régime légal de l'article 323, la rédaction du contrat, la nature de l'opération et l'existence éventuelle de restrictions autonomes en cas de changement de contrôle.

Les sociétés d'un même groupe restent des locataires distincts

La communauté d'actionnaires n'efface pas la personnalité juridique distincte.

Dans la décision de la 3e chambre civile E. 2024/4329, K. 2025/3400, des locaux commerciaux avaient été utilisés dans des conditions impliquant une autre société du groupe, en dépit de restrictions contractuelles à l'usage par des tiers. La Cour de cassation a confirmé que l'usage par la société distincte constituait un manquement contractuel grave, le locataire n'ayant pas remédié à ce manquement dans le délai légal.

Une réorganisation de groupe ne doit donc pas supposer qu'une société sœur peut occuper les locaux au seul motif que les propriétaires économiques restent les mêmes.

Le bail doit permettre la structure envisagée.

8. Les droits d'aménagement doivent être négociés avant d'engager des dépenses

Pour de nombreux locataires commerciaux, la partie la plus précieuse du bail n'est pas le droit d'occuper une coque vide.

C'est la possibilité de transformer cette coque en locaux à partir desquels l'entreprise exercera son activité.

Les entreprises du commerce de détail, de l'hôtellerie, de la santé et des loisirs peuvent consacrer des sommes importantes aux installations techniques, aux cuisines, aux façades, à la signalétique, aux aménagements intérieurs et aux installations spécialisées avant même d'ouvrir leurs portes.

L'article 321 traite des modifications et améliorations apportées par le locataire. Le consentement écrit du bailleur est central. Lorsque le bailleur consent aux travaux, les parties doivent également régler expressément si le locataire devra remettre les lieux en état à la fin du bail et si une indemnité peut être réclamée au titre de la plus-value apportée par les travaux.

Ces questions ne doivent pas être laissées à l'interprétation.

Un régime d'aménagement bien rédigé doit en principe distinguer les travaux structurels des modifications intérieures ordinaires ; répartir la responsabilité des permis et autorisations d'urbanisme ; encadrer le contrôle du bailleur ; traiter de la propriété et de l'enlèvement des installations ; et préciser clairement la remise en état exigée à la sortie.

Pour un locataire qui investit plusieurs années de loyer avant de démarrer son activité, un bail clair sur le loyer mais muet sur la remise en état n'est pas un document commercial complet.

Pour le bailleur, le même raisonnement joue en sens inverse. Des travaux mal encadrés peuvent laisser le bien physiquement modifié, non conforme ou difficile à relouer.

L'aménagement est donc, pour les deux parties, une question de valeur immobilière.

9. La restitution anticipée relève de la gestion des responsabilités, et non d'une simple remise des clés

L'entreprise du locataire peut quitter les lieux avant que le bail puisse être résilié par la voie ordinaire.

L'article 325 régit cette situation.

La restitution anticipée des locaux n'éteint pas automatiquement les obligations du locataire. Elles se poursuivent pendant un délai raisonnable au cours duquel le bien pourrait être reloué à des conditions similaires.

Le locataire peut mettre fin plus tôt à cette exposition en présentant un repreneur solvable, disposé à reprendre le bail et que l'on peut raisonnablement attendre du bailleur qu'il accepte. Les avantages obtenus et les frais évités par le bailleur doivent également être pris en compte.

Pour les locataires professionnels, la conséquence est pratique.

Si la fermeture d'un site est probable, la stratégie locative doit commencer avant la date de fermeture.

Il peut rester du temps pour trouver un repreneur, négocier une cession, convenir d'une indemnité de restitution anticipée ou coordonner la fermeture avec les propres projets de rénovation du bailleur.

Partir d'abord et négocier ensuite laisse généralement moins d'options au locataire.

L'article 331 prévoit une voie distincte lorsque des circonstances suffisamment graves rendent la poursuite de la relation locative insupportable. Il s'agit d'un mécanisme de résiliation extraordinaire, et non d'une faculté ordinaire de sortie commerciale. Le fait qu'un site soit devenu moins rentable ou que la direction ne souhaite plus l'exploiter ne transforme pas, à lui seul, un risque commercial ordinaire en juste motif au sens de l'article 331.

Les entreprises qui ont besoin d'une véritable souplesse ont intérêt à la négocier dans le bail.

10. Les droits en cas de défaillance et d'expulsion sont très procéduraux

Le TBK ouvre au bailleur plusieurs voies en cas de défaillance du locataire, mais leurs conditions diffèrent.

Selon l'article 315, lorsque le loyer ou les charges concernées restent impayés après leur exigibilité, le bailleur peut notifier par écrit le délai légal de régularisation en avertissant que le bail sera résilié si le manquement n'est pas réparé. Pour les baux d'habitation et de locaux professionnels couverts, ce délai ne peut être inférieur à 30 jours.

L'article 352 prévoit des motifs de résiliation distincts tenant au locataire, notamment le mécanisme fondé sur deux mises en demeure écrites justifiées pour des défauts de paiement concernés au cours de la période locative pertinente.

Il régit aussi l'engagement écrit de libérer les lieux (tahliye taahhüdü). Lorsque, après la remise des locaux, le locataire s'engage valablement par écrit à les libérer à une date déterminée et ne le fait pas, le bailleur doit engager l'action ou l'exécution correspondante dans le délai légal d'un mois.

Les formalités comptent, car une notification n'est pas simplement la preuve que le bailleur était mécontent.

Elle peut constituer le fondement juridique de la demande de résiliation ultérieure.

C'est pourquoi le bailleur doit décider dès le stade de la notification s'il préserve une créance, s'il établit un motif de résiliation, ou les deux.

11. Les clauses de règlement des litiges appellent davantage de soin après la décision de l'Assemblée plénière de 2026

Les baux commerciaux internationaux comportent fréquemment des clauses compromissoires.

Cela ne devrait plus être traité en Türkiye comme un choix de rédaction anodin.

Dans sa décision E. 2025/502, K. 2026/15 du 21 janvier 2026, l'Assemblée plénière des chambres civiles de la Cour de cassation (Hukuk Genel Kurulu) a examiné un litige né d'un bail de 30 ans assorti d'une clause compromissoire et portant sur le mécanisme d'augmentation du loyer applicable et sur un trop-perçu allégué.

L'Assemblée plénière a confirmé la nécessité de déterminer d'abord la nature juridique du bail. Son raisonnement a admis que, lorsque la relation est un bail d'habitation ou de locaux professionnels couverts, les règles impératives relatives à la fixation du loyer peuvent avoir une incidence sur l'arbitrabilité du litige. Lorsque la relation relève d'une autre catégorie de bail, la solution peut être différente. La décision rattache ainsi l'arbitrabilité à la qualification du bail sous-jacent plutôt que de traiter tous les litiges locatifs de la même manière.

Il s'agit d'une évolution significative pour la rédaction commerciale.

Une clause compromissoire ne devrait pas se borner à prévoir que « tous les litiges nés du présent bail » seront tranchés par voie d'arbitrage en présumant que toute controverse future restera nécessairement devant le tribunal arbitral.

L'objet du litige peut compter.

La décision est particulièrement pertinente pour les litiges en fixation du loyer, car la Cour a souligné le caractère impératif du régime légal du loyer. Elle ne signifie pas que tout litige né d'un bail commercial est inarbitrable.

Il existe aussi une articulation avec la médiation obligatoire.

Depuis le 1er septembre 2023, les litiges nés de relations locatives sont en principe soumis à une médiation préalable obligatoire au titre de l'article 18/B de la loi n° 6325, à l'exception de la voie légale de l'expulsion par voie d'exécution sans jugement.

Parallèlement, l'article 18/A, paragraphe 18, dispose que les règles de médiation obligatoire ne s'appliquent pas lorsqu'une convention d'arbitrage valable existe ou qu'un autre mode alternatif obligatoire de règlement des litiges s'applique.

Dans un bail commercial important, la clause de règlement des litiges doit donc être rédigée après avoir identifié les litiges susceptibles de survenir et vérifié s'ils sont juridiquement arbitrables, plutôt qu'en important simplement la clause compromissoire d'une autre opération.

Lorsqu'une action en justice est nécessaire, l'article 4 du Code de procédure civile attribue en principe les litiges locatifs (y compris les demandes nées de la relation locative) au tribunal civil de paix (Sulh Hukuk Mahkemesi), quel que soit le montant en jeu, sous réserve de l'exception légale en matière d'exécution. Le fait que les deux parties soient commerçantes ne transfère pas à lui seul un litige locatif ordinaire au tribunal de commerce.

12. L'audit des baux doit suivre l'économie de l'opération

Le même bail doit être examiné différemment selon la raison pour laquelle le client s'y intéresse.

L'acquéreur d'un immeuble de rapport doit savoir si le loyer est soutenable, quand une révision quinquennale deviendra possible, combien de temps la protection légale du renouvellement peut durer, si des notifications de résiliation ont déjà été délivrées, quelles garanties existent et si le scénario d'investissement suppose une reprise des lieux qui ne peut juridiquement être obtenue à la date prévue.

L'acquéreur d'une société en activité a besoin d'une autre analyse.

Les questions peuvent porter sur le point de savoir si la cible est elle-même le locataire désigné ; si l'opération est une cession de titres ou d'actifs ; si le consentement du bailleur est requis ; si le bail comporte des clauses de changement de contrôle ; si une société du groupe occupe les locaux ; si le loyer approche d'une date légale de réajustement au marché ; si les obligations d'aménagement et de remise en état sont correctement provisionnées ; et ce qui se passerait si l'entreprise décidait de fermer le site peu après la réalisation.

Pour un locataire, un bail de longue durée inférieur au marché peut être l'un des actifs d'exploitation les plus précieux de l'entreprise.

Pour un bailleur, le même bail peut limiter la valeur de redéveloppement à court terme de l'immeuble.

Le document juridique n'a pas changé.

La perspective économique, si.

C'est pourquoi l'audit des baux commerciaux ne doit pas se réduire à reporter dans un tableur la date de prise d'effet, la date d'échéance et le loyer mensuel. Il doit expliquer quels droits et obligations ces stipulations créent réellement en droit turc.

Conclusion

La location commerciale en Türkiye exige un état d'esprit différent de la rédaction contractuelle ordinaire.

L'accord des parties reste important, mais il s'inscrit dans un cadre légal qui peut déterminer le loyer, le renouvellement, la cession, la garantie et la résiliation, même lorsque bailleur et locataire sont des entreprises averties.

La qualification de départ est déterminante. La décision de la Cour de cassation de 2026 relative aux locaux industriels mixtes confirme que le caractère prédominant du bien peut décider de l'application même du régime des locaux professionnels couverts.

Une fois ce régime applicable, la date d'échéance contractuelle ne dit plus tout. L'article 347 limite la faculté du bailleur de reprendre les lieux au seul motif que la durée stipulée a expiré. L'article 344 instaure à la fois des plafonds annuels d'augmentation et le mécanisme quinquennal plus large de loyer de marché. Les articles 323 et 325 régissent deux des événements les plus importants, sur le plan commercial, de la vie du locataire : la cession du bail et le départ avant le terme convenu. Les articles 342 et 346 imposent des limites supplémentaires aux garanties et aux clauses de paiement.

Le cadre réglementaire environnant compte aussi. Un loyer proposé en devises peut soulever une question distincte relevant du ministère du Trésor et des Finances. L'acquisition d'un immeuble n'efface pas le locataire en place. Une cession de fonds peut ne pas emporter un bail d'importance stratégique. Et, depuis la décision de l'Assemblée plénière de 2026, même une clause compromissoire soigneusement rédigée peut appeler un examen plus attentif lorsque les règles impératives sur le loyer des locaux professionnels couverts sont en jeu.

Pour des locaux commerciaux d'envergure, la question utile n'est donc pas simplement de savoir si le bail est « favorable au bailleur » ou « favorable au locataire ».

C'est de savoir si le document et le régime légal, ensemble, produisent la position commerciale que le client croit avoir négociée.

Cette question doit être tranchée lors de la négociation du bail.

Y répondre après l'aménagement des locaux, la vente de l'entreprise ou la naissance d'un litige sur la reprise des lieux coûte beaucoup plus cher.

Comment Terziolu & Partners peut vous aider

Terziolu & Partners conseille bailleurs, locataires professionnels, propriétaires, investisseurs et entreprises internationales sur les questions de baux commerciaux impliquant la Türkiye, souvent dans le cadre de dossiers transfrontaliers plus larges. Notre travail peut comprendre la rédaction et la négociation des baux ; l'analyse de la qualification de local professionnel couvert ; la stratégie de révision et de fixation judiciaire du loyer ; les questions de loyer en devises ; les cessions de bail et de fonds ; l'occupation par des sociétés du groupe ; les stipulations d'aménagement et de remise en état ; les dépôts et garanties contractuelles ; l'audit des baux dans les acquisitions immobilières et les opérations de fusions-acquisitions ; la résiliation pour besoin ou reconstruction ; la restitution anticipée ; les défauts de paiement ; les engagements de libérer les lieux ; la médiation ; les questions d'arbitrage ; et les procédures judiciaires nées de relations de bail commercial.

Pour les acquisitions portant sur une entreprise en activité ou sur un immeuble loué, l'examen des baux peut être coordonné avec nos pôles immobilier et clientèle privée, droit des sociétés et droit commercial, règlement des différends et coordination transfrontalière.

Évoquez avec notre équipe une question de bail commercial, de révision du loyer ou de reprise des lieux.

Sources sélectionnées

Législation principale

Code turc des obligations n° 6098, notamment les articles 310, 315, 321 à 325, 331 et 339 à 356. Texte officiel publié par le ministère de la Justice de la République de Türkiye.

Code de procédure civile n° 6100, article 4, relatif à la compétence des tribunaux civils de paix pour les litiges nés de relations locatives. Texte officiel du ministère de la Justice.

Loi n° 6325 sur la médiation dans les litiges civils, articles 18/A et 18/B, y compris la médiation obligatoire dans les litiges locatifs et le traitement légal des conventions d'arbitrage. Texte officiel et documents d'application du ministère de la Justice.

Communiqué n° 2008-32/34 relatif au Décret n° 32 sur la protection de la valeur de la monnaie turque, tel que modifié, y compris les règles sur les baux immobiliers en devises ou indexés sur une devise. Texte officiel et orientations du ministère du Trésor et des Finances.

Cour de cassation (décisions officielles UYAP)

Cour de cassation, 3e chambre civile, E. 2025/4986, K. 2026/3318, 21 mai 2026. Décision récente exigeant d'établir le caractère prédominant de locaux industriels mixtes avant que le tribunal ne détermine si le régime spécial des baux d'habitation et de locaux professionnels couverts s'applique.

Cour de cassation, Assemblée plénière des chambres civiles, E. 2025/502, K. 2026/15, 21 janvier 2026. Décision importante sur la relation entre la qualification du bail, les règles impératives relatives au loyer et l'arbitrabilité. L'arrêt confirme qu'il peut être nécessaire de déterminer la nature juridique du bail avant d'appliquer une clause compromissoire à un litige en fixation du loyer.

Cour de cassation, 3e chambre civile, E. 2025/4720, K. 2025/5281, 5 novembre 2025. Décision appliquant l'article 347 à l'issue de la période de prorogation de dix ans et illustrant le calcul du droit du bailleur de résilier sans motif.

Cour de cassation, 3e chambre civile, jurisprudence 2025 sur les exigences de notification de l'article 350. La Cour a confirmé qu'une exigence contractuelle supplémentaire de préavis au bénéfice du locataire peut continuer de lier le bailleur qui sollicite une résiliation pour besoin.

Cour de cassation, décision officielle UYAP relative à l'article 323 et au transfert de 29 exploitations de supermarché. La décision traite de la cession de baux de locaux professionnels avec une entreprise en activité et de l'interdiction légale de refuser le consentement sans juste motif.

Cour de cassation, 3e chambre civile, E. 2024/4329, K. 2025/3400. Décision relative à l'occupation non autorisée par une société distincte du groupe et aux conséquences du fait de traiter des sociétés liées comme un seul et même locataire.

Cour de cassation, décision de 2025 relative à l'article 351. La Cour a appliqué avec rigueur la condition de notification écrite dans le délai d'un mois propre à la voie spéciale de résiliation pour besoin du nouveau propriétaire.

Publications connexes