Litiges de réassurance entre la Turquie et Londres : loi applicable, agrégation et limites du follow the settlements
Un sinistre survenu en Turquie peut être assuré par une police soumise au droit turc et réassuré sur le marché de Londres sous droit anglais. Lorsque la perte atteint la réassurance, les questions décisives peuvent tenir à la loi applicable, au pouvoir de transiger, à l'agrégation, à l'allocation et à l'arbitrage, plus qu'à l'événement assuré lui-même.
- Rédigé par
- Berat Murat Terzioğlu, Directeur des affaires juridiques et de la coordination internationale
- Relecture juridique
- Dr Can Eken, Associé

Un sinistre majeur assuré en Turquie peut commencer comme une affaire d'assurance turque et se terminer en litige de réassurance régi par le droit anglais.
La police directe peut avoir été émise en Turquie, au profit d'une société turque, pour couvrir des biens, des responsabilités ou une activité situés entièrement en Turquie. L'assureur peut toutefois avoir cédé une partie de ce risque par une réassurance facultative ou par traité placée sur le marché de Londres, soumise au droit anglais et prévoyant un arbitrage à Londres.
Une même perte économique s'inscrit alors dans plusieurs rapports juridiques.
Cette structure est déterminante. La responsabilité au titre de l'assurance directe ne prouve pas, à elle seule, la responsabilité au titre de la réassurance. Une transaction défendable entre l'assureur et le preneur peut encore soulever, au niveau supérieur, des questions de déclenchement de la garantie, d'allocation, d'agrégation ou de contrôle des sinistres. Un litige direct turc du type de ceux que nous examinons dans notre guide sur les litiges d'assurance, sinistres et arbitrage peut donc devoir être analysé conjointement avec un traité soumis au droit anglais, une convention d'arbitrage à Londres et, éventuellement, une procédure d'exécution en Turquie.
La vraie question n'est pas de savoir si « le litige » relève du droit turc ou du droit anglais.
La vraie question est de savoir quelle loi régit chaque élément de la structure de transfert du risque.
Cette distinction doit être établie avant que l'analyse de la couverture ne commence.
1. L'assurance directe et la réassurance sont des rapports juridiques distincts
Le droit turc est clair sur ce point.
L'article 1403 du Code de commerce turc n° 6102 permet à l'assureur de faire réassurer l'intérêt qu'il a assuré aux conditions qu'il choisit. La même disposition prévoit que la réassurance ne supprime pas les dettes et obligations de l'assureur envers le preneur d'assurance et que la seule existence de la réassurance ne donne pas au preneur d'action directe contre le réassureur.
Le lien économique entre les deux contrats est évident. Leur identité juridique demeure distincte.
Un assureur turc peut donc être tenu d'indemniser son assuré au titre de l'assurance directe tout en faisant face à un véritable litige sur le point de savoir si la responsabilité qui en résulte relève de la réassurance cédée.
La distinction prend une importance particulière après une transaction de grande ampleur.
Supposons qu'un assureur turc couvre plusieurs sites industriels contre les dommages matériels et les pertes d'exploitation. Il protège sa rétention par un programme en excédent de sinistre sur le marché de Londres. Après un événement catastrophique, il transige des réclamations importantes au titre des polices directes et présente la perte qui en résulte à ses réassureurs.
Au niveau direct, les questions peuvent porter sur le libellé de la police turque, le risque assuré, la causalité, les exclusions et le montant.
Au niveau de la réassurance, le litige peut porter plutôt sur la période du traité, le déclenchement de la garantie, la clause d'agrégation, la présentation loyale lors du placement, la déclaration du sinistre, les obligations de contrôle des sinistres ou l'allocation entre exercices de souscription.
La perte n'a pas changé.
C'est la question contractuelle qui a changé.
2. La loi applicable se détermine par rapport juridique, non par la géographie
Le fait que le risque direct soit situé en Turquie ne détermine pas, à lui seul, la loi applicable au contrat de réassurance.
L'article 24 de la loi n° 5718 sur le droit international privé et la procédure civile internationale (MÖHUK) permet aux parties à un contrat comportant un élément d'extranéité de choisir la loi applicable. À défaut de choix valable, la loi applique ses règles du lien le plus étroit.
Il est donc parfaitement possible que l'assurance directe relève du droit turc et la réassurance cédée du droit anglais.
Le droit turc ne devient pas pour autant indifférent pour l'opération dans son ensemble.
La loi n° 5718 réserve en outre l'application des lois de police turques dans leur champ d'application et écarte une disposition étrangère lorsque son application au cas d'espèce serait manifestement contraire à l'ordre public turc. Il s'agit de garde-fous ciblés, non d'un mécanisme général permettant d'écarter le choix contractuel d'une loi étrangère.
L'analyse correcte est donc plus précise que la simple affirmation selon laquelle « le droit anglais s'applique ».
Les conseils devraient au minimum identifier :
- la loi applicable à l'assurance directe ;
- la loi applicable au contrat de réassurance ;
- la loi applicable à la convention d'arbitrage ; et
- le régime applicable à la reconnaissance ou à l'exécution.
Dans une structure bien conçue, ces réponses peuvent avoir été choisies délibérément.
Dans une structure contestée, elles peuvent décider de l'issue de l'affaire.
3. Une réassurance soumise au droit anglais peut exposer la souscription d'origine à l'examen
Lorsque le contrat de réassurance est régi par le droit anglais, l'Insurance Act 2015 devient pertinent dès le stade du placement.
La réassurance et la rétrocession sont des contrats d'assurance en common law et des contrats d'assurance non conclus avec des consommateurs au sens de la loi. Dans ce rapport, la cédante est l'assuré et le réassureur l'assureur.
L'obligation légale de présentation loyale du risque (fair presentation) s'applique donc.
La section 3 impose de déclarer toute circonstance significative que l'assuré connaît ou devrait connaître ou, à tout le moins, des informations suffisantes pour alerter un assureur prudent sur la nécessité de s'informer davantage. La présentation doit en outre être raisonnablement claire et accessible, et les déclarations de fait significatives doivent être substantiellement exactes.
Le dossier de placement peut ainsi devenir le premier terrain d'affrontement d'une réclamation de réassurance importante.
Après une perte catastrophique, le réassureur peut examiner ce que la cédante a déclaré sur les concentrations de risques, les sinistres antérieurs, les rapports d'ingénierie, les cumuls sismiques, la modélisation de l'exposition, les pratiques de souscription ou les évolutions significatives lors du renouvellement.
La question ne se limite pas à la dissimulation délibérée. La loi traite aussi des manquements qualifiés non délibérés en se demandant ce que l'assureur aurait fait en présence d'une présentation loyale, par exemple s'il aurait refusé le risque ou l'aurait souscrit à d'autres conditions.
Pour un assureur turc qui recourt au marché de Londres, la conséquence pratique est importante.
Un litige sur la réassurance cédée peut avoir commencé des années avant la perte, avec les informations réunies et présentées lors du placement.
Une stratégie de gestion des sinistres aboutie commence donc non seulement avec le dossier du sinistre, mais avec le dossier de souscription.
4. La couverture « back-to-back » a ses limites
Dans le langage des affaires, la réassurance est souvent décrite comme souscrite « back-to-back » avec l'assurance directe.
L'expression est utile, mais elle peut induire en erreur si on la traite comme une règle de droit.
La réassurance facultative, en particulier, peut viser à reproduire des éléments substantiels de la police directe. Les conditions peuvent être incorporées « as original ». Les limites, l'objet ou les risques assurés peuvent correspondre étroitement.
La réassurance n'en demeure pas moins un contrat distinct.
L'arrêt de la House of Lords dans Lexington v Wasa est fondamental. L'assurance directe et la réassurance facultative avaient des libellés très proches, mais la réassurance était régie par le droit anglais. La House of Lords a admis que l'attente commerciale d'une couverture back-to-back peut être prise en compte dans l'interprétation, mais qu'elle ne peut rendre automatiquement le réassureur responsable d'une responsabilité directe excédant le risque assumé dans le contrat de réassurance. Le réassuré devait prouver à la fois que la perte relevait de l'assurance directe et que le risque correspondant avait été assumé au titre de la réassurance.
Ce principe est particulièrement important lorsque la police directe et la réassurance relèvent de systèmes juridiques différents.
Un tribunal turc ou une transaction régie par le droit turc peuvent établir une responsabilité au niveau direct.
Cela n'étend pas automatiquement la portée temporelle ou matérielle d'un contrat de réassurance soumis au droit anglais.
Le back-to-back est un contexte d'interprétation. Il ne remplace pas l'interprétation du libellé de la réassurance.
Cette proposition devrait se situer au cœur de toute analyse de réassurance entre la Turquie et Londres.
5. Le follow the settlements ne crée pas une couverture jamais stipulée
La même rigueur s'applique aux clauses follow the settlements.
Leur fonction économique est importante. En principe, une cédante ne devrait pas être contrainte de prouver ou de plaider la réclamation directe, puis de plaider à nouveau, depuis le début, la même responsabilité contre son réassureur.
Le droit anglais donne donc un effet réel à ces clauses.
Dans Assicurazioni Generali v CGU, la Court of Appeal a rappelé la formule établie issue de Insurance Co of Africa v SCOR : le réassureur peut être tenu de suivre une transaction si la réclamation admise par la cédante relève juridiquement des risques réassurés et si la cédante a agi de bonne foi et pris toutes les mesures appropriées et conformes aux usages professionnels pour transiger.
Ces conditions remplissent des fonctions différentes.
La seconde empêche le réassureur de remettre en cause chaque compromis commercial raisonnable conclu par la cédante.
La première préserve les limites du contrat de réassurance.
Une clause follow the settlements ne signifie donc pas que le réassureur doit payer parce que la cédante a payé.
Cela importe particulièrement lorsqu'une transaction règle plusieurs éléments à la fois.
Un même accord peut transiger des réclamations de plusieurs sociétés assurées, sites, périodes de police ou postes de préjudice. Il peut couvrir des dommages matériels, des pertes d'exploitation, des frais de défense et des éléments de couverture contestés. L'assureur peut avoir de bonnes raisons commerciales de conclure une transaction globale.
La difficulté apparaît lorsque cette transaction globale est présentée à un programme de réassurance qui ne répond pas de manière globale.
La transaction doit alors être rattachée de nouveau à la structure contractuelle.
L'erreur pratique consiste à traiter l'accord transactionnel comme la fin du litige.
Dans une perte fortement réassurée, l'accord transactionnel peut devenir le document qui détermine si le litige suivant était évitable.
6. La coopération et le contrôle des sinistres peuvent modifier l'analyse de la transaction
Les clauses follow the settlements ne doivent jamais être lues isolément des clauses relatives aux sinistres.
Une clause de coopération en matière de sinistres (claims cooperation) peut exiger une notification, un échange d'informations ou une consultation.
Une clause plus contraignante de contrôle des sinistres (claims control) peut exiger l'accord du réassureur avant certaines décisions, y compris une transaction.
La conséquence juridique dépend du libellé concret.
Le jugement de la Commercial Court dans Royal & Sun Alliance v Equitas, d'octobre 2025, montre comment ces clauses continuent d'interagir dans le contentieux moderne de la réassurance. La juridiction a examiné, entre autres questions, si une clause de coopération en matière de sinistres modifiait ou limitait le jeu d'une clause follow the settlements et si des mesures appropriées et conformes aux usages professionnels avaient été prises pour transiger la perte directe.
La décision est utile parce qu'elle confirme un point plus général.
Les étiquettes ne déterminent pas l'effet contractuel.
Les questions sont les suivantes : la clause a-t-elle été déclenchée, qu'exigeait-elle, l'accord ou la consultation était-il obligatoire, et quelle conséquence s'attache à son non-respect ?
Cette analyse importe pour les sinistres turcs, dans lesquels l'assureur direct peut subir une forte pression commerciale pour régler une perte assurée alors qu'un panel international de réassureurs examine encore le dossier.
La solution n'est pas de laisser automatiquement le réassureur contrôler la réclamation directe.
Il n'est pas raisonnable non plus d'ignorer la réassurance jusqu'après la transaction.
La répartition contractuelle du pouvoir de gestion des sinistres doit être comprise avant que des décisions importantes ne deviennent irréversibles.
7. L'économie du litige se joue souvent sur l'agrégation
Nombre de grands litiges en excédent de sinistre ne portent pas principalement sur la survenance d'une perte ou sur sa garantie.
Ils portent sur le décompte.
Supposons qu'une cédante conserve les 10 premiers millions d'euros de chaque perte et achète 40 millions d'euros de couverture au-delà de cette rétention.
Dix pertes indépendantes de 6 millions d'euros chacune peuvent ne donner lieu à aucune récupération.
Une seule perte de 60 millions d'euros, correctement agrégée, peut solliciter la tranche de manière substantielle.
La différence n'est pas sémantique.
C'est l'architecture économique de la couverture.
La première question doit donc porter sur le libellé de la clause d'agrégation.
Les parties peuvent avoir choisi « un événement » (one event), « une occurrence » (one occurrence), « une catastrophe » (one catastrophe), « une cause originelle » (one originating cause) ou un autre facteur d'agrégation défini. Ces expressions ne doivent pas être traitées comme interchangeables au seul motif que les réclamations directes paraissent commercialement liées.
L'analyse de l'agrégation doit partir du texte, non du tableur.
Cela revêt une importance particulière pour les risques catastrophiques touchant la Turquie.
Un séisme peut entraîner des centaines de réclamations sur différents sites assurés. Commercialement, les pertes peuvent apparaître comme une seule catastrophe. Le traité peut néanmoins exiger l'analyse de l'événement contractuel, des limites géographiques et temporelles, des répliques, des dommages physiques distincts et de toute clause horaire (hours clause) applicable.
Le fait que chaque réclamation puisse en définitive être rattachée à la même catastrophe n'est pas nécessairement le critère contractuel.
La jurisprudence anglaise récente confirme ce point
Dans UnipolSai v Covéa, la Court of Appeal a examiné une réassurance catastrophe en excédent de sinistre de dommages aux biens dans le contexte de pertes d'exploitation liées au Covid. Le litige montre pourquoi le terme d'agrégation effectivement stipulé, en l'occurrence « catastrophe », doit être interprété plutôt que remplacé par une autre notion au motif qu'une autre formule paraîtrait économiquement plus favorable.
La même rigueur se retrouve dans WRBC Corporate Member v AXA XL, jugé par la Commercial Court en avril 2026. Le litige portait sur l'agrégation de nombreuses pertes directes liées à des annulations sous un libellé exigeant que les pertes résultent « d'un événement ». La juridiction a commencé par l'interprétation du texte du traité avant d'examiner le lien factuel entre les différentes pertes.
L'ordre importe.
On identifie d'abord le facteur d'agrégation contractuel.
On confronte ensuite les faits à ce facteur.
Et non l'inverse.
Pour les risques catastrophiques turcs placés à Londres, ce point de méthode peut déterminer des récupérations très importantes.
8. L'allocation résout un problème différent
L'agrégation demande si plusieurs pertes peuvent être traitées comme une seule.
L'allocation demande à quelle période une perte se rattache.
Les responsabilités à développement long peuvent rendre cette distinction particulièrement délicate.
La responsabilité professionnelle, les vices de construction, l'exposition environnementale, la responsabilité du fait des produits ou les maladies professionnelles peuvent concerner plusieurs années de police directe. Le programme de réassurance cédée peut lui aussi avoir évolué au cours de cette période.
Les différentes années peuvent comporter des rétentions, limites, exclusions et réassureurs différents.
L'allocation redistribue donc l'exposition économique.
L'arrêt de la Court of Appeal dans Equitas v Municipal Mutual Insurance illustre la question au niveau de la réassurance. L'affaire portait sur le point de savoir si des responsabilités liées à l'amiante s'étendant sur plusieurs années pouvaient, en pratique, être présentées à des traités annuels choisis pour maximiser la récupération (le problème du « spiking »), ou si la perte devait être traitée sur une autre base.
Le caractère inhabituel du contexte de l'amiante ne diminue pas la leçon plus générale.
Une cédante doit pouvoir expliquer pourquoi une perte se rattache à une année donnée, indépendamment du fait que cette année produise le meilleur résultat en réassurance.
Une théorie d'allocation élaborée seulement après l'identification des tranches récupérables appelle l'examen.
Cela vaut particulièrement lorsque la transaction directe a délibérément évité de répartir la responsabilité entre les périodes.
La certitude commerciale au niveau direct peut créer de l'incertitude au niveau de la réassurance.
9. La déclaration et la preuve doivent être maîtrisées avant de préparer la récupération en réassurance
Les grandes pertes arrivent rarement sous leur forme définitive.
Une perte peut d'abord sembler devoir rester dans la rétention de la cédante. Puis la perte d'exploitation augmente. De nouveaux sites sont identifiés. Les experts révisent leurs estimations. Les procédures évoluent. Les provisions augmentent.
Lorsque la cédante conclut que le programme cédé sera touché, le fait générateur contractuel de la déclaration peut déjà s'être produit.
Les clauses de déclaration varient considérablement.
Certaines se rattachent à une perte.
D'autres se rattachent à une réclamation, à une circonstance, à un seuil de provision ou à une question susceptible d'affecter raisonnablement le traité.
Le programme de réassurance doit donc être examiné dès que la réclamation directe devient significative, et non des années plus tard, lorsque la récupération est prête à être présentée.
Le même principe s'applique à la preuve.
Les grands litiges de réassurance peuvent finir par exiger la présentation de souscription, le slip, le libellé de la police, les avenants, la correspondance avec le courtier, les données d'exposition, les modèles catastrophe, les bordereaux, l'historique des provisions, les rapports d'experts, les offres transactionnelles, les approbations internes, la correspondance avec les réassureurs et les documents d'allocation.
Ces documents ne doivent pas être considérés comme des archives distinctes de souscription et de sinistres.
Dès qu'un litige apparaît, ils forment un seul historique probatoire.
Un modèle d'exposition peut devenir une preuve de la présentation loyale.
Un historique des provisions peut devenir pertinent pour la déclaration.
Une note sur la transaction peut déterminer si la cédante a agi de manière appropriée.
D'anciens bordereaux peuvent montrer comment les parties elles-mêmes comprenaient le traité.
La réclamation de réassurance la plus solide se construit donc souvent avant toute demande formelle de paiement. Les mêmes documents fondent ensuite les droits de l'assureur en matière de subrogation et de recours contre les tiers, raison supplémentaire de les tenir comme un seul dossier.
10. L'arbitrage à Londres obéit à un nouveau cadre de loi applicable
Pour l'arbitrage siégeant à Londres, l'Arbitration Act 2025 a modifié une partie importante de l'analyse.
Les principales réformes sont entrées en vigueur le 1er août 2025. La nouvelle section 6A de l'Arbitration Act 1996 prévoit que la convention d'arbitrage est régie par la loi que les parties choisissent expressément pour elle et, à défaut d'un tel choix exprès, par la loi du siège.
La loi comporte en outre un point particulièrement important pour les contrats transfrontaliers : le choix d'une loi pour le contrat principal ne constitue pas, à lui seul, un choix exprès de cette loi pour la convention d'arbitrage.
Prenons un traité de réassurance comportant les clauses « Loi applicable : droit turc » et « Siège de l'arbitrage : Londres ».
Dans le cadre légal anglais postérieur à 2025, la clause générale de droit turc ne devrait pas être traitée comme un choix exprès du droit turc pour la convention d'arbitrage elle-même.
Cette distinction rend la rédaction contractuelle plus importante, et non moins.
Un contrat de réassurance transfrontalier devrait traiter séparément la loi applicable au fond, le siège de l'arbitrage, la loi applicable à la convention d'arbitrage et les règles de procédure ou institutionnelles choisies.
La clause d'arbitrage n'est pas une formule administrative standard.
C'est un instrument juridique distinct au sein de la structure contractuelle plus large.
11. Une sentence rendue à Londres peut achever son parcours en Turquie
Le siège de l'arbitrage ne détermine pas où l'exécution sera finalement nécessaire.
Si les actifs pertinents se trouvent en Turquie, une sentence rendue à Londres peut devoir passer par la procédure turque de reconnaissance et d'exécution des jugements et sentences étrangers.
La Turquie et le Royaume-Uni sont parties à la Convention de New York de 1958 pour la reconnaissance et l'exécution des sentences arbitrales étrangères. La Turquie applique la Convention avec les réserves de réciprocité et de commercialité.
Ce cadre facilite considérablement l'exécution transfrontalière, mais il ne rend pas inutile sa préparation.
Avant le début de l'arbitrage, les conseils devraient savoir où se trouvent les actifs importants de la partie adverse, quelle société les détient, si des mesures provisoires pourraient être nécessaires et dans quels États la sentence pourrait devoir être reconnue.
Une sentence n'est pas une victoire juridique abstraite.
C'est un instrument d'exécution.
La structure de l'affaire devrait le refléter dès le départ.
12. Les procédures turques parallèles et l'arbitrage de réassurance à Londres doivent former une seule stratégie
Pendant que le litige entre l'assuré et l'assureur turc se poursuit, l'assureur peut en même temps préserver ou exercer ses droits contre ses réassureurs.
Juridiquement, ce sont des procédures distinctes.
Stratégiquement, elles ne peuvent pas toujours être traitées comme des dossiers séparés.
Des écritures déposées devant une juridiction turque peuvent devenir pertinentes plus tard dans le litige de réassurance.
Un rapport d'expert préparé pour le litige direct peut influencer l'analyse de la causalité ou de l'agrégation au niveau supérieur.
Une concession faite pour faciliter une transaction peut modifier la position en réassurance.
Une structure transactionnelle qui fonctionne parfaitement entre l'assuré et l'assureur peut rendre inutilement difficile la preuve de l'exercice, de la tranche ou de la catégorie de couverture concernés.
Le rôle du conseil transfrontalier n'est donc pas de fusionner des rapports juridiquement distincts.
Il est d'éviter qu'ils soient gérés de façon incohérente.
La distinction importe.
Le contentieux direct, la récupération cédée et la stratégie arbitrale doivent rester juridiquement distincts et factuellement coordonnés.
13. PRICL 2025 : utiles, mais pas loi applicable par défaut
Les Principles of Reinsurance Contract Law 2025 (PRICL 2025) offrent un point de référence supplémentaire pour les opérations internationales complexes.
Les PRICL comportent des règles spécifiques sur la gestion des sinistres, le follow the settlements et le follow the fortunes, l'allocation des pertes, l'agrégation et la couverture back-to-back. Ils ont été élaborés comme un cadre uniforme de soft law, non comme une loi nationale.
Leur formule du follow the settlements est en elle-même instructive : selon l'article 2.4.3, le principe ne joue que dans la mesure où la perte est couverte par le contrat de réassurance.
Cela rejoint la distinction centrale qui traverse toute cette analyse.
Les PRICL peuvent être incorporés dans un contrat ou servir de référence internationale utile, notamment en arbitrage.
Ils ne doivent toutefois pas être confondus avec le droit anglais, le droit turc ou les règles impératives applicables dans l'un ou l'autre de ces systèmes.
Leur valeur tient à l'offre d'un langage commun pour la relation de réassurance.
Leur existence ne dispense pas d'identifier la loi applicable.
Conclusion
La difficulté d'un litige de réassurance entre la Turquie et Londres ne tient pas seulement à l'ampleur de la perte.
Elle naît de ce que la perte change de nature juridique à mesure qu'elle traverse la structure de transfert du risque.
Au niveau direct, la question peut être de savoir si un assureur turc doit indemniser au titre d'une police turque.
Au niveau de la réassurance, le même paiement peut devenir une question d'interprétation contractuelle en droit anglais.
Si les responsabilités directes sont nombreuses, le litige peut dépendre de l'agrégation.
Si elles s'étendent sur plusieurs périodes, il peut dépendre de l'allocation.
Si la cédante a déjà transigé, le litige peut porter sur la portée du follow the settlements.
Si le réassureur dispose de droits contractuels de contrôle ou de consultation, le processus de gestion des sinistres lui-même peut devenir déterminant.
Si le risque a été insuffisamment présenté, le litige peut remonter jusqu'au placement.
Et si les parties ont choisi l'arbitrage à Londres, la convention d'arbitrage s'inscrit désormais dans le cadre légal postérieur à 2025, avant qu'une sentence définitive ne revienne en Turquie pour y être exécutée.
La question abstraite de savoir si le droit turc ou le droit anglais s'applique n'a donc pas de réponse utile.
Une affaire de réassurance transfrontalière significative exige une analyse plus précise. Quel contrat ? Quelle question ? Quelle loi ? Quel for ? Quels actifs ?
L'avantage juridique consiste à répondre à ces questions avant que la perte n'ait été allouée, transigée et présentée d'une manière difficile à défaire.
Comment Terziolu & Partners peut vous accompagner
Terziolu & Partners conseille sur les aspects de droit turc et transfrontaliers d'affaires complexes d'assurance et de réassurance, y compris les litiges dans lesquels des risques directs turcs rencontrent des programmes internationaux de réassurance.
L'intervention du cabinet peut couvrir l'analyse du rapport d'assurance directe, de la structure de réassurance cédée et du droit international privé turc applicable, la stratégie de gestion des sinistres et des transactions, les questions d'agrégation et d'allocation, l'arbitrage international dans le cadre de notre pratique de résolution des litiges ainsi que la reconnaissance ou l'exécution en Turquie.
Lorsqu'une affaire fait intervenir le droit anglais ou un autre système juridique étranger, la stratégie peut être coordonnée entre Istanbul et Londres dans le cadre d'une coordination juridique transfrontalière, avec des avocats dûment habilités dans la juridiction concernée.
L'objectif n'est pas de traiter la réclamation directe, la récupération en réassurance et le litige éventuel comme des affaires indépendantes. Ce sont des rapports juridiques distincts au sein d'un même transfert de risque, qui doivent être gérés en conséquence. Contactez-nous pour examiner un programme de réassurance, une transaction ou un litige.
Sources et documents choisis
Législation turque
Code de commerce turc n° 6102, article 1403 (réassurance).
Loi n° 5718 sur le droit international privé et la procédure civile internationale (Journal officiel du 12 décembre 2007), articles 5 (ordre public), 6 (lois de police) et 24 (loi applicable aux obligations contractuelles).
Angleterre et pays de Galles
Insurance Act 2015 : Part 2 (obligation de présentation loyale du risque) et Schedule 1 (sanctions des manquements qualifiés), y compris leur application à la réassurance et à la rétrocession.
Arbitration Act 1996, section 6A (loi applicable à la convention d'arbitrage), introduite par l'Arbitration Act 2025.
Principales décisions en matière de réassurance
Insurance Co of Africa v SCOR (UK) Reinsurance Co Ltd [1985] 1 Lloyd's Rep 312.
Assicurazioni Generali SpA v CGU International Insurance Plc [2004] EWCA Civ 429 : follow the settlements.
Lexington Insurance Co v AGF Insurance Ltd; Lexington Insurance Co v Wasa International Insurance Co Ltd [2009] UKHL 40 ; [2010] 1 AC 180 : couverture back-to-back, loi applicable et étendue du risque réassuré.
Equitas Insurance Ltd v Municipal Mutual Insurance Ltd [2019] EWCA Civ 718 ; [2020] QB 418 : allocation et « spiking » en réassurance à développement long.
UnipolSai Assicurazioni SpA v Covéa Insurance Plc [2024] EWCA Civ 1110 : agrégation par catastrophe en réassurance catastrophe en excédent de sinistre de dommages aux biens.
Royal & Sun Alliance Insurance Ltd v Equitas Insurance Ltd [2025] EWHC 2704 (Comm) : réassurance facultative, follow the settlements, coopération en matière de sinistres et gestion appropriée et professionnelle des sinistres.
WRBC Corporate Member Ltd v AXA XL Syndicate Ltd [2026] EWHC 939 (Comm) : agrégation selon la formule « arising out of one event ».
Documents internationaux
Principles of Reinsurance Contract Law 2025 (PRICL 2025) (texte intégral publié par UNIDROIT), y compris les dispositions relatives à la gestion des sinistres, au follow the settlements (article 2.4.3), à l'agrégation, à l'allocation et à la couverture concordante.
Convention de 1958 pour la reconnaissance et l'exécution des sentences arbitrales étrangères, état des États parties (CNUDCI). La Turquie et le Royaume-Uni sont États parties.
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